mercredi 12 mai 2021
Pôle Emploi le service public des radiations

Pôle Emploi, le service public des radiations

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« Fais des études si tu ne veux pas finir comme ceci, multiplie les diplômes si tu ne veux pas terminer comme untel » bla bla bla… On a tous entendu ce discours plutôt erroné qui consiste à dénigrer la classe ouvrière au sens large, mais surtout qui oublie que le principal risque dans notre avenir à court ou long terme, c’est ce putain de chômage ! Pourtant, beaucoup d’étudiants non encore lancés dans la vie active ignorent sans doute ce qui constitue le quotidien de ceux que BFM TV appelle avec dédain les « sans activité » …

Croyez-moi, le chômage est tout sauf une période sans activité, bien au contraire. Non, vous ne passez pas vos journées devant la télé et vous ne vous levez pas à midi chaque jour. Tout d’abord, vous avez Pôle Emploi sur le dos. Ce méchant flic du travail fera tout pour remplir son unique objectif : faire baisser les chiffres. Soyez assurés que l’on vous convoquera tôt le matin à tout un tas d’ateliers tous plus inutiles les uns que les autres pour apprendre à rédiger un CV, une lettre de motivation, ou même pour vous expliquer comment vous devez vous vendre à l’oral… Comme si internet ne suffisait pas pour obtenir ce genre d’information.

Mais surtout, le chômage, c’est avant tout l’angoisse. Vous tapez à toutes les portes, vous sonnez à droite à gauche, vous postulez partout, pour tout type de poste, parfois même avec l’espoir de ne pas être appelé ! Forcément, pour travailler de nuit à 50km de chez vous, tout ça pour gagner le SMIC, user votre santé et surtout perdre du temps précieux pour chercher un meilleur job, ça fait réfléchir.

Tout est affaire de calculs, de savants calculs, un peu comme un jeu vidéo où vous n’auriez qu’une vie à perdre, la vôtre ! Rester debout et affronter chaque jour les regards accusateurs des « honnêtes gens » qui bossent et croisent votre chemin, bon courage. Je me souviens à ce sujet du jour où j’ai pu aller à la piscine gratuitement en présentant ma carte de demandeur d’emploi (on est surtout demandeur de salaire, quand on y pense…), la file d’attente semblait médusée face à ce terrible parjure. Comme quoi, on n’est pas tant « sans activité » que ça, tout compte fait.

Pôle Emploi vous surveille, vous surveillez votre compte en banque, et rapidement, vous prenez conscience que le bout du tunnel n’est peut-être pas si proche que ça. Le temps passe, le trou temporel dans votre CV s’agrandit, vous perdez votre motivation, les employeurs jettent votre candidature à la poubelle à chaque fois, et ce cercle vicieux s’installe dans la durée. Vous apprenez à faire avec, vous avez fort logiquement baissé les bras et vous ne croyez plus en vos chances de réussir. Pôle Emploi ne vous aura été d’aucune aide, au contraire, on vous traque, on répond vaguement à vos questions (souvent pour vous inciter à revoir vos prétentions à la baisse), mais à part vous proposer une formation peu qualifiante et surtout totalement déconnectée de vos compétences, c’est le néant total. Répondre à des annonces à longueur de journée sans même recevoir un coup de fil durant six mois, pas étonnant que vous soyez dépités.

La route est encore longue avant de retrouver un véritable service public de l’emploi. On supprime même des postes chez ceux censés en trouver à des personnes demandeuses toujours plus nombreuses, allez comprendre la logique là-dedans… Courage, encore six kilos de paperasse à remplir, et peut-être que vous aurez la chance d’obtenir un précieux poste d’équipier polyvalent en restauration rapide, de quoi gagner cent euros de plus que votre RSA ! Ça fait rêver.